Ebola: Au moins 1 mort durant des heurts en lien avec un enterrement digne et sécurisé à Beni/Païda

Sur les réseaux sociaux, spécialement la messagerie WhatsApp ont circulé des images photos et vidéos montrant une jeune adolescente atteinte par balles. Les internautes affirment que celle-ci venait de décéder suite à des tirs de la police nationale congolaise, qui réprimait une escalade entre ses éléments qui escortaient une équipe d’enterrements dignes et sécurisés de la riposte contre Ebola et des jeunes qui voulaient manipuler un corps décédé à la suite du virus de la souche Bundibugyo. Ces événements se sont déroulés le 24 septembre courant au cimetière de Katula dans le quartier Rwangoma/Paida en commune de Beu précisent les différentes publications.
VokaCheck, le desk de vérification des faits du centre de recherche en information et communication Factualité Afrique a vérifié toutes ces allégations et confirme l’incident y compris la mort de la jeune adolescente filmée sur les images choquantes.
1. HEURTS CAUSÉS PAR LA RÉSISTANCE COMMUNAUTAIRE
« Kuko fille amepata masasi ku cimetière Katula/Paida. Police yenye ilikuwa na accompagné équipe ya riposte njo imepiga masasi ovyo ovyo. Kuko groupe yenye ilikuwa na réclamé kuona corps avant enterrement. Fille mwenye ana pâta masasi niwa Cité Belge. Il y a plusieurs blessés » indique une publication en Swahili partagée plusieurs fois via les groupes WhatsApp, essentiellement basés à Beni.
Transcription et traduction en français de ce post WhatsApp
« Un policier membre de l’unité escortant l’équipe de la riposte contre Ebola vient de tuer cette fille en lui tirant une balle. Nous sommes au cimetière de Katula/Paida. Voici la tombe où devrait être enterré le cas confirmé autour duquel s’est produit l’incident. »
À VokaCheck, la direction de la division provincial de la protection civile dont les équipes coordonnent les activités d’enterrements dignes et sécurisés en période épidémiologique, a confirmé la mort d’une jeune adolescente durant les heurts qu’elle attribue à la résistance communautaire.
« L’incident est causé par la résistance communautaire contre les équipes de la riposte comme vous pouvez le constater. Les investigations sont en cours pour en savoir plus sur le bilan global mais aussi les causes réelles qui ont déclenché les rixes. »
Division provinciale de la protection civile du Nord-Kivu à VokaCheck
L’équipe de l’Organisation Mondiale de la Santé, OMS déployée à Beni a aussi confirmé l’incident à VokaCheck, précisant que le bilan était en cours de traitement et qu’une équipe mixte autorités sanitaires et administratives de la province du Nord-Kivu enquêtait sur l’incident.
2. LES PRÉSUMÉS AUTEURS DES TIRS INTERPELLÉS
Poursuivant sa vérification sur les détails de cet incident, VokaCheck s’est entretenu avec le commissaire principal supérieur Kahumba Lemba Jean-Fabien Sébastien, commandant urbain de la police en ville de Beni. Cet officier déplore les conséquences de cet événement mais précise que la police a arrêté les présumés auteurs de ces tirs, qui doivent expliquer les circonstances ayant conduit à cette tension et aux dégâts rapportés.
« Toute l’unité qui était dans la jeep qui escortait les équipes de la riposte a été interpellée. Ces présumés auteurs des tirs ayant causé ces dégâts (mort et blessés) doivent donner d’amples explications à la police sur le déroulé des événements » dit-il.
3. LA RIPOSTE POINTÉE DE MEGESTION ET INCOMPÉTENCE DANS LA PRISE EN CHARGE DE CETTE CRISE SANITAIRE
Membre du pilier CREC (communication des risques et engagement communautaire) de la riposte gouvernementale et activiste pro-démocratie basé à Beni, Nick Junior Vusindi juge la qualité de la réponse sanitaire inefficace face aux multiples défis rencontrées sur terrain. À VokaCheck et sur son compte Facebook, ce dernier dénonce la megestion et explique que cet incident est survenu pendant que les équipes locales qui œuvrent pour cette vaincre Ebola menacent d’entrer en grève sur fond de plusieurs revendications.
« Riposte Ebola au Nord-kivu, échec cuisant d’une mauvaise coordination de la risposte » titre Nick avant de poursuivre: :Alors qu’une équipe des policiers accompagnait l’enterrement digne et sécurisé dans le quartier Paida en ville de Beni, cet accompagnement s’est transformé en une altercation entre la population victime d’Ebola et les policiers d’escort qui vient de se solder par la perte d’une vie humaine d’une adolescente. En qualité d’acteur communautaire de Beni, je condamne fermement cet acte ignoble et exige:
- une justice en faveur de la victime
- une démission de l’Incident Manager Ebola au Nord-Kivu pour incompétence managériale de la riposte dans les zones touchées de la province du Nord Kivu » écrit-il tout en appelant à une risposte communautaire et non politique.

4. CIMETIÈRE DE KATULA ET NON DE PAIDA
Sur les messages qui circulent sur les réseaux sociaux en lien avec l’incident, plusieurs internautes indiquent que l’incident s’est produit au cimetière de Paida. Pourtant les preuves visuelles et les images satellites obtenues par VokaCheck démontrent que le cimetière visible sur les images prises lors de l’incident montrent plutôt le cimetière communautaire de Katula. Le cimetière de Paida (visible sur ces images satellites) est situé au sein de la paroisse catholique Saint Gustave de Beni Païda dans la commune de Ruwenzori pendant que celui de Katula est géré par le quartier Rwangoma et se situe en commune Beu (lieu approximatif géo-localisé par les équipes de Factualité Afrique).
